Traversée du Queyras à l’Italie par la réserve naturelle du Viso avec l’association Cipra


A l’occasion du voyage d’étude organisé par l’Alliance dans les Alpes (réseau de villes alpines) et la Cipra (Commission internationale pour la protection des Alpes), j’ai accompagné une randonnée qui avait pour but de rejoindre l’Italie pour poursuivre les échanges entamés d’abord côté français à Guillestre.

Nous sommes donc partie de la Roche Ecroulée, au fond de la vallée du Guil, pour monter au Belvédère du Viso et découvrir la réserve du Viso en compagnie de Nicolas, garde de la réserve.

L’objectif du jour était le tunnel de la Traversette, lieu de passage utilisé depuis longtemps (un des plus vieux tunnels dans les Alpes) avant de descendre côté italien où une navette nous a amené sur Ostana, petit village jadis tombé à l’abandon qui renaît ces derniers temps.

Nicolas nous a fait découvrir les richesses naturelles du territoire de la réserve et nous a présenté différents enjeux liés à la préservation des milieux naturels dans la réserve, en lien avec les activités humaines et la cohabitation entre tous les êtres vivants :

-La zone de la réserve et ses abords est fréquentée depuis fort longtemps par les humains : carrières, exploitation du bois,… par exemple, la forêt de l’Echalp a connu des premiers occupations humaines il y a 8000 ans.

-Le pastoralisme est pratiqué dans le vallon avec des élevages de bovins et ovins. Cela engendre une modification du milieu, avec notamment une espèce comme la fétuque paniculée qui envahit les pelouses d’altitude (les herbivores n’appréciant pas ses feuilles trop dures) au détriment des autres espèces.

Le réchauffement climatique impacte également l’évolution du milieu naturel ; le réseau ORCHAMP (l’Observatoire des Relations Climat-Homme-milieux Agro-sylvo-pastoraux du Massif alPin) suit l’évolution de la végétation sur 1000m de dénivelés.

-Différentes espèces bénéficient de programme de préservation :

Une espèce comme la laiche bicolore est protégée (par un arrêté de biotope) et il est donc nécessaire de délimiter sur le terrain des zones à ne pas fréquenter.
Certaines zones sont également propices à la présence de lagopèdes et de tétras-lyres, des espèces particulièrement vulnérables l’hiver et à éviter lors de la pratique du ski de randonnée ou raquettes.
Des programmes de réintroduction du bouquetin dans les années 1990 ont permis sa réinstallation dans le massif du Viso et un suivi de sa population est effectué (notamment pour vérifier sa diversité génétique).
Et la salamandre de Lanza, espèce endémique au massif du Viso est une espèce protégée et suivie. On ne peut la croiser que quelques jours par an quand les conditions d’humidité et d’ensoleillement sont réunies… c’était le cas lors de notre passage !

-Le tourisme et les activités sportives impactent bien évidement le milieu naturel : en tant que réserve naturelle, une réglementation est en place pour limiter les dégradations des milieux et le dérangement avec la faune : camping non autorisé, chien interdit, cueillette interdite… et l’on ne doit pas s’aventurer hors des sentiers.

La gestion des activités de pleine nature est définie par un arrêté rappelant les zones accessibles.

Le trail du tour du Mont Viso est limité à 350 participants afin de limiter la surfréquentation et l’érosion du terrain qui en résulte…

Nous croisons sur notre chemin les frères Vallot qui ont contribué au développement touristique dans le massif du Viso avec la réalisation de topos de randonnée et d’escalade.

-Le refuge du Viso favorise également une fréquentation de la réserve et son activité engendre des impacts sur l’environnement : ainsi, un travail est en cours pour améliorer la gestion des déchets (jusqu’à présent incinéré) et favoriser le compost. Au niveau de l’énergie, une pico-centrale est à l’étude afin d’éviter l’utilisation d’un groupe électrogène lorsque l’énergie solaire ne suffit plus.
Un système par pédalage est même proposé pour recharger téléphones et autre gadgets !

Photo Refuge du Viso

En conclusion, on peut constater qu’une bonne connaissance de l’évolution des milieux et espèces naturelles, des activités humaines et de leurs impacts permet de mieux gérer la fréquentation de la réserve et l’utilisation de ses ressources. Pour que demain encore, on ait la chance d’y découvrir toutes ses richesses dont la sympathique salamandre noire.


La salamandre de Lanza, aperçue également en 2015

Quelques photos de la randonnée :

 

 

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